Recruter une expertise médias sociaux : distinguer les pros des amateurs

Une idée reçue veut que la nouvelle génération maîtrise parfaitement les médias sociaux. Pourtant, un fossé sépare l’usage personnel d’une vision stratégique et de sa mise en œuvre. Voici quelques questions pour différencier un professionnel et un amateur.

Le miroir aux followers

Au boulot, j’ai vu passer 3-4 chargé(e)s de com’ au cours des dernières années. Diplôme et première expérience en poche, ils arrivent la fleur au smartphone. Je note que la génération précédente auto-nourrit avec masochisme ses complexes d’infériorité. Elle se laisse vite impressionner par quelques chiffres, par exemple le nombre d’amis sur Facebook ou de followers sur Twitter. Lors d’un entretien de recrutement, la peur du ridicule les conduit à poser quelques vagues questions sur l’usage des médias sociaux, puis à enchaîner sur des sujets mieux maîtrisés.

En réalité, il est rare que ces jeunes chargés de com’ aient jamais géré de compte Facebook ou Twitter pour une entreprise, et encore moins conçu une stratégie. Ils méconnaissent les usages spécifiques qui différencient un compte pro d’un compte perso.

Recruter un expert en médias sociaux : les questions pour faire le tri

J’ai choisi 7 questions. Vous comprendrez aisément que cette liste n’est pas exhaustive. J’ai préféré sélectionner celles qui me semblaient les plus pertinentes pour apprécier les compétences d’un candidat. Même si vous ne recrutez pas un expert, ces questions pourront vous aider à évaluer le niveau d’une candidature.

Quelle est la principale qualité d’un Community Manager ?

Si le candidat répond réactivité, il y a de fortes chances pour qu’il confonde vitesse et précipitation. Il risque d’avoir une approche réduite au temps réel et de manquer de recul.

Si au contraire il met en avant le sang-froid, l’empathie ou la curiosité, passez à la question suivante.

Comment approcheriez-vous les influenceurs ?

Si le candidat affirme dîner avec eux tous les lundis, c’est un mythomane. Prétextez une gastro contagieuse et sauvez-vous de la pièce.

Un bon candidat commencera par sélectionner des influenceurs qui ont le plus d’affinités potentielles avec la marque et qui sont le plus à même de toucher les cibles de l’entreprise. Il étudiera ensuite leur communication et leurs canaux d’expression. Il essaiera également de déterminer comment ils préfèrent être approchés et par quel type de partenariat ils seraient intéressés.

Quels outils de veille utilisez-vous au quotidien ?

Si le candidat ne cite que Twitter et Facebook, il se repose sur la veille des autres. Offrez-lui une autre chance de se rattraper avant de le renvoyer chez lui.

Tendez l’oreille s’il vous explique qu’il combine les flux RSS, les newsletters, les alertes Google ou Mention. S’il cite Feedly, Inoreader ou Netvibes, on continue. S’il différencie veille concurrentielle, réputationnelle ou « métier », empêchez-le de sortir et faites-lui signer un contrat sur-le-champ.

Un twittos traite l’entreprise de « pourris », commment réagissez-vous ?

Si le candidat envisage de lui défoncer la tête virtuellement et de l’agonir d’injures, rappelez-vous que votre enfant malade exige votre départ immédiat.

Préférez une réponse nuancée, par exemple que tout dépend des arguments avancés ou non, de la taille de sa communauté, de l’écho (réponses, retweets) ou non que le tweet a généré. S’il propose de discuter avec la personne en DM, on est pas mal.

Evaluer l'action d'un community manager

Notre DG voudrait se mettre sur Twitter, comment allez-vous l’aider ?

Il y a deux mauvaises réponses.

  • « Je vais le faire à sa place, on gagnera du temps ». On est sur une approche à court terme, c’est au mieux une étape intermédiaire.
  • « Je le laisse se démerder, il est assez payé, non ? ». Proposez-lui un verre d’eau et s’il accepte, versez-lui sur la tête.

Un candidat intéressant voudra écouter le DG pour comprendre auprès de qui il veut prendre la parole et sur quels sujets. S’il ajoute qu’en fonction des réponses du DG, il pourrait recommander une alternative à Twitter (LinkedIn par exemple), on est bien.

Comment feriez-vous pour recruter des ambassadeurs en interne ?

Si sa première action consiste à organiser un concours avec 10 000 € au vainqueur, c’est le moment ou jamais de lui expliquer le plus court chemin pour rentrer chez lui.

A ce stade, vous attendez plus des éléments méthodologiques :

  • déterminer des objectifs,
  • lister et hiérarchiser les cibles,
  • repérer les collaborateurs légitimes et leaders,
  • former un groupe test et les accompagner,
  • valoriser les résultats en interne et élargir petit à petit la démarche…

Envie d’identifier d’autres questions ? Continuez avec cet article : Tu n’es pas un expert en médias sociaux, juste un tocard avec des followers

Vous pouvez également aller piocher dans les qualités humaines et les compétences du community manager.

Recruter une expertise médias sociaux : distinguer les pros des amateurs
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2 commentaires

  1. Merci pour cet article réconfortant qui prouve que les quinqa ont leur place dans les stratégies digitales pour peu qu’ils se donnent la peine de suivre l’évolution de leur métier.

Les commentaires sont fermés, pas moi.